Petite pause de ma soirée soli solo de Saint Failtapin (combien de fantaisies sexuelles maladroites accordées ce soir "par amour" à un mari ravi puis déçu, qui pour passer le temps, pensera à
un(e) autre ?) : à m'abrutir dans tropico 3, à siroter un whisky, à fumer clope sur clope avec le dernier arcade fire en fond (oui j'ai un an de retard), je ne peux m'empêcher de me sentir
vaguement privilégié. C'est vrai quoi : ok ma vie manque de sens, ok je perds du temps à ne rien en faire, ok je suis seul à crever, blablabla, mais quel pied au quotidien, en définitive. Tous
ceux condamnés à travailler tout le temps, tous ces gens malades, cassés, en souffrance, tous les gens engoncés dans un couple qui les accapare ou les étouffe, tous ces pauvres parents qui font
mijoter leur crise de la quarantaine, ils n'ont pas accès à ce farniente de mes vacances inutiles. Ils pourraient être jaloux s'ils avaient le temps d'y penser.
Il n'y a qu'au moment d'aller me coucher que, hum, la sensation que rien de tout cela n'est clair, qu'à un moment ou à un autre ça va voler en éclats, vient me nouer le ventre et, trop bas pour
qu'on l'entende, me faire gémir. Je veux dire, si ça allait vraiment bien, je procrastinerais pas autant pour absolument tout.
Habituellement, je m'endors comme une bûche. Parfois, je continue ma lecture dans mon sommeil, dans cette espèce de rêve qui se glisse entre la fermeture des paupières et le vrai endormissement,
je tourne des pages qui sont vraisemblablement "dans le style," en ne m'en apercevant qu'après plusieurs minutes. Ou je me distrais en repassant une conversation, un moment particulier de cours,
une image de la rue. Tout pour éviter d'être forcé de regarder la réalité du non-sens du quotidien en face, et de me dire que si je mourrais là, on ne s'en apercevrait qu'après une bonne dizaine
de jours, facile. Peut-être même plus, parce que le coup des "voisins alertés par l'odeur," j'y crois moyen.
Sans m'en rendre compte, je me suis doucement pédéisé. J'entends par là que j'ai adopté un des traits courants les plus désagréables chez les garçons, la fuite horrifiée devant tout ce qui peut
ressembler à l'expression d'un sentiment. Après des années à considérer que, l'un dans l'autre, il valait mieux prendre le risque de se casser les dents, aimer pour deux jours, aimer un connard,
aimer pour un malentendu, bouger et ressentir pour bouger et ressentir, je me suis moi aussi fait avoir, à élever une barricade, une carapace, à respecter "les délais d'usage," la "distance
nécessaire." A bientôt 34 ans, j'aurais tenu longtemps, pas vrai ?
Il faut dire que les derniers cassages de dents ont été bien douloureux (ça n'a rien à voir mais c'est concomitant, le rendez-vous hebdomadaire chez le charcutier-dentiste m'épuise et me ruine)
et que noyer ça dans le sexe pour rien n'était peut-être pas le meilleur moyen de me rendre à nouveau sentimentalement disponible. Enfin, pour ça comme pour le reste, au moins, je me serais
amusé.
Allez, on passe à autre chose ?