Samedi 24 octobre 2009
C'est une idée soigneusement évitée par nos gouvernants mais qui pourtant existe et fait sens : la possibilité de révoquer un mandat. Dire à tel élu, au pif le président, "bon finalement c'était
une erreur, nous sommes au regret de devoir nous séparer de vous : bon vent, et n'oubliez pas d'aller porter cette feuille à Josy de la compta, pour qu'elle vous dirige vers le pôle emploi."
Quand on parvient enfin à la glisser dans un débat, c'est aussitôt la levée de boucliers, "ah mais vous vous rendez pas compte, c'est la porte ouverte à tous les populismes, à des élus qui flattent les bas instincts du bon peuple pour rester en place, qui jouerait la carte du spectacle médiatique plutôt que celle d'une action raisonnée..." Et bien sûr, ce n'est pas une description de la situation actuelle : juste, du scénario catastrophe qui se jouerait si jamais on avait la possibilité de dire "la souveraineté du peuple appartient au peuple, donc t'es gentil, tu la rends maintenant, pas dans quatre ans, et on va voir à qui on va la filer."
En tous cas, si cette révocation des mandats existait, j'aurais une bonne raison, la 1197ème au moins, pour révoquer l'actuel phare de la pensée. Outre le yacht, outre le bouclier fiscal, outre le taser, outre Gandranges, outre la sous-culture, outre Khadafi, outre les talonnettes, outre l'embarras international, outre tout un tas de trucs, j'ajouterais la lettre à guitou. "Ma petite maman adorée," non, vraiment, je ne peux pas. L'Histoire s'efforce d'être une discipline scientifique (hum), son enseignement vise à participer à la formation d'une conscience citoyenne raisonnée, savante, apte à faire des choix pertinents (hum hum), et non, faire pleurer dans les chaumières hors contexte juste par caprice présidentiel ne va pas du tout dans ce sens là.
Au départ, quand il en avait parlé, quand des guignols comme Bernard Laporte s'étaient ridiculisés en barrissant de bonheur, j'avais classé ça dans la longue liste des tocades présidentielles aussitôt proclamées aussitôt oubliées ; un peu comme une journée de la solidarité avec les labradors, c'est gentil mais on a des trucs plus urgents à faire. La plupart des profs avaient juste fait les morts, moi j'avais ajouté un petit discours sur la nécessité de la rigueur historique pour répondre aux élèves qui me demandaient si je comptais les faire chialer avec cette lettre - et puis j'ai fini sur "et si on vous demande, vous répondrez qu'on avait du travail."
Mais il a remis ça ! Luc Chatel, en bon lapdog, en a rajouté une couche. Guaino et son bon discours sur les professeurs qui sont des fonctionnaires, donc aux ordres (et qui t'emmerdent, en passant) a causé de nouveau. C'est passé presque inaperçu. Un bide complet. Malgré quelques déclarations des recteurs, il semble que la plupart des chefs d'établissement ont fait le choix d'oublier de relayer la consigne. On mettra ça sur le compte d'une certaine idée de la décence, et on passera à la suite.
Sauf que je me sens de plus en plus mal à l'aise, à expliquer les grands principes que je suis censé littéralement professer : l'égalitarisme républicain, la représentation du peuple, le président au dessus des confessions et des crispations, je ne peux en dire un mot sans être aussitôt - et fort légitimement - attaqué avec des mots comme "Fouquet's" ou "Jean Sarkozy." Quelle position adopter ? Si je continue mon blabla presque évangélique, je suis ridicule et malhonnête. Si j'approuve, je prends position et ne peux plus vraiment faire mon boulot. Quand il s'agit de sujets ultra polémiques comme la guerre d'Algérie ou Israël, c'est encore jouable, parce que je peux invoquer la distance et le raisonnement dépassionné. Mais quand il s'agit de l'institution que, quelque part, je représente moi aussi, je n'ai plus aucune cartouche. Je suis à poil, le cul entre deux chaises, en porte à faux, dans plein de positions imagées et incongrues qui sont parfaitement incompatibles avec la majestueuse (hum hum hum) posture de prof.
Ainsi, cher président élu et indéboulonnable pour encore un paquet d'années, cher homme qui a fait le choix de se tirer la bourre avec Berlusconi à qui sera le plus bêtement crâneur, si tu pouvais lever le pied, et cesser de nous mettre dans la gêne, ce serait fort civil de ta part. De toutes façons il a trop de longueurs d'avance : tes talonnettes ne peuvent pas sérieusement rivaliser avec une disparition de deux semaines pour cause de lifting. Non je t'assure. N'essaie pas. S'il te plaît.
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Enfin je m'en fous je suis en vacances, la la la, et je cuisine des trucs de fou, la la la.
Quand on parvient enfin à la glisser dans un débat, c'est aussitôt la levée de boucliers, "ah mais vous vous rendez pas compte, c'est la porte ouverte à tous les populismes, à des élus qui flattent les bas instincts du bon peuple pour rester en place, qui jouerait la carte du spectacle médiatique plutôt que celle d'une action raisonnée..." Et bien sûr, ce n'est pas une description de la situation actuelle : juste, du scénario catastrophe qui se jouerait si jamais on avait la possibilité de dire "la souveraineté du peuple appartient au peuple, donc t'es gentil, tu la rends maintenant, pas dans quatre ans, et on va voir à qui on va la filer."
En tous cas, si cette révocation des mandats existait, j'aurais une bonne raison, la 1197ème au moins, pour révoquer l'actuel phare de la pensée. Outre le yacht, outre le bouclier fiscal, outre le taser, outre Gandranges, outre la sous-culture, outre Khadafi, outre les talonnettes, outre l'embarras international, outre tout un tas de trucs, j'ajouterais la lettre à guitou. "Ma petite maman adorée," non, vraiment, je ne peux pas. L'Histoire s'efforce d'être une discipline scientifique (hum), son enseignement vise à participer à la formation d'une conscience citoyenne raisonnée, savante, apte à faire des choix pertinents (hum hum), et non, faire pleurer dans les chaumières hors contexte juste par caprice présidentiel ne va pas du tout dans ce sens là.
Au départ, quand il en avait parlé, quand des guignols comme Bernard Laporte s'étaient ridiculisés en barrissant de bonheur, j'avais classé ça dans la longue liste des tocades présidentielles aussitôt proclamées aussitôt oubliées ; un peu comme une journée de la solidarité avec les labradors, c'est gentil mais on a des trucs plus urgents à faire. La plupart des profs avaient juste fait les morts, moi j'avais ajouté un petit discours sur la nécessité de la rigueur historique pour répondre aux élèves qui me demandaient si je comptais les faire chialer avec cette lettre - et puis j'ai fini sur "et si on vous demande, vous répondrez qu'on avait du travail."
Mais il a remis ça ! Luc Chatel, en bon lapdog, en a rajouté une couche. Guaino et son bon discours sur les professeurs qui sont des fonctionnaires, donc aux ordres (et qui t'emmerdent, en passant) a causé de nouveau. C'est passé presque inaperçu. Un bide complet. Malgré quelques déclarations des recteurs, il semble que la plupart des chefs d'établissement ont fait le choix d'oublier de relayer la consigne. On mettra ça sur le compte d'une certaine idée de la décence, et on passera à la suite.
Sauf que je me sens de plus en plus mal à l'aise, à expliquer les grands principes que je suis censé littéralement professer : l'égalitarisme républicain, la représentation du peuple, le président au dessus des confessions et des crispations, je ne peux en dire un mot sans être aussitôt - et fort légitimement - attaqué avec des mots comme "Fouquet's" ou "Jean Sarkozy." Quelle position adopter ? Si je continue mon blabla presque évangélique, je suis ridicule et malhonnête. Si j'approuve, je prends position et ne peux plus vraiment faire mon boulot. Quand il s'agit de sujets ultra polémiques comme la guerre d'Algérie ou Israël, c'est encore jouable, parce que je peux invoquer la distance et le raisonnement dépassionné. Mais quand il s'agit de l'institution que, quelque part, je représente moi aussi, je n'ai plus aucune cartouche. Je suis à poil, le cul entre deux chaises, en porte à faux, dans plein de positions imagées et incongrues qui sont parfaitement incompatibles avec la majestueuse (hum hum hum) posture de prof.
Ainsi, cher président élu et indéboulonnable pour encore un paquet d'années, cher homme qui a fait le choix de se tirer la bourre avec Berlusconi à qui sera le plus bêtement crâneur, si tu pouvais lever le pied, et cesser de nous mettre dans la gêne, ce serait fort civil de ta part. De toutes façons il a trop de longueurs d'avance : tes talonnettes ne peuvent pas sérieusement rivaliser avec une disparition de deux semaines pour cause de lifting. Non je t'assure. N'essaie pas. S'il te plaît.
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Enfin je m'en fous je suis en vacances, la la la, et je cuisine des trucs de fou, la la la.